Le Stade Français est un club sans identité, le PSG n’a pas la culture de la gagne… Voilà des exemples de phrases régulièrement prononcées par des supporters de sport de l’hexagone, souvent un peu moqueurs.
Ces phrases, nous y avons tous été confrontés en tant qu’amateurs de sport. Elles touchent des clubs de toutes les divisions, de tous les sports et de tous les pays. Pourtant, les notions de culture et d’identité, outre le fait d’être assez floues pour beaucoup de personnes, ont aussi tendance à être mélangées dans les esprits. Et si on éclairait un peu tout ça ?
Culture et identité sont intrinsèquement liées à l’histoire du club ou de l’institution en question. Si la culture du club contribue à son identité, c’est bel et bien l’identité du club qui va en façonner la culture.
La culture d’un club c’est avant tout son management. Évoquer la culture de la gagne est facilement compréhensible. Un club qui est doté d’une telle culture va se structurer autour d’un seul objectif : la victoire. Et qu’importe le prix à payer. Certains clubs, à l’image du Paris Saint-Germain ont plutôt une culture « star ». Il s’agit d’une culture qui repose sur les revenus marketing liés à l’image de ses joueurs au statut médiatique hors-norme. Là encore, le management est prêt à tous les sacrifices pour conserver ses stars et les faire briller. Hors de question de mettre Neymar sur le banc après une énième entorse au règlement, au PSG ce sont les joueurs qui font la loi et le feuilleton Mbappé n’a pas cessé de le montrer ces derniers mois. Dans d’autres clubs comme à Chelsea sous Abramovitch, cette culture est davantage personnifiée par une seule personne à la tête du club. Des cultures, il en existe de nombreuses mais l’une d’entre elles se démarque par son efficacité et sa proximité avec les valeurs du sport.
Là où la frontière est plus floue entre culture et identité, c’est dans les clubs dotés de ce qu’on appelle une culture « d’engagement ». Cette culture repose sur la croyance du management en un concept qui dépasse l’ensemble des acteurs du club : l’identité du club. L’exemple parfait de cette culture, c’est le FC Barcelone. Le management du FC Barcelone ainsi que toute son organisation reposent sur la croyance d’un club qui représente la liberté du peuple Catalan, un style de jeu qui lui est propre, magnifié par Johan Cruyff puis son disciple Pep Guardiola ou encore l’envie de se battre pour ces milliers de socios à qui appartient le club. La culture d’engagement c’est donc croire que l’identité du club est supérieure à tout autre concept et qu’il est plus important d’y rester fidèle que de remporter un championnat.
La question se pose alors de savoir ce qu’est une identité de club. Au fond, ce n’est autre chose qu’un ensemble de symboles, de normes, de représentations et de comportements partagés par l’ensemble d’une communauté qui, tous réunis, donnent un sens à l’engagement dans un projet collectif.
Pour mieux comprendre ce concept, changeons de sport et intéressons-nous au rugby et au club francilien du Racing 92, premier club champion de France. Les éléments de son identité sont multiples. Parmi eux, on retrouve bien évidemment une histoire importante ponctuée de titres, des couleurs ciel et blanc récupérées aux aristocrates des grandes universités britanniques à la fin du XIXe siècle, des joueurs iconiques à l’image de l’audacieux Yves du Manoir, une implantation dans la banlieue parisienne huppée des Hauts-de-Seine et depuis peu une salle de spectacle ultramoderne en guise de stade. Cette identité, beaucoup se la représente facilement comme celle de la haute société parisienne aux valeurs humanistes.
Pourtant, aujourd’hui, ce terreau identitaire est confronté à une évolution de la réalité. Les banlieues parisiennes sont devenues le lieu d’émergence de nombreux joueurs de rugby. Des joueurs d’origine africaine parfois issus de milieux très difficiles mais aussi explosifs que puissants, sont venus compléter des équipes formées de joueurs issus de bonnes familles qui s’étaient distingués dans leur jeune âge par leur technicité et leur intelligence de jeu. Pourtant, ce qui permet au club de garder cette image de la haute société parisienne, c’est qu’il existe une culture de club qui permet de la perpétuer. On apprécie chez le joueur ces valeurs de respect et d’élégance aussi bien dans sa formation que pendant ses années en professionnel. Ici, on ne valorisera pas l’arrogance provocatrice comme dans le sud-est de la France, par contre on se rappellera avec nostalgie d’une coupe de champagne savourée en costume à la mi-temps de la finale du championnat de France remporté en 1992.
Et pourtant, cette identité est régulièrement confrontée aux besoins de modernité d’un club de premier rang. L’arrivée à la Paris La Défense Arena a complètement changé la communication des jours de match. Beaucoup de supporters sont partis avec la destruction du stade de Colombes. Pourtant, l’identité de club a toujours été celle d’un rugby spectaculaire et distingué. Et pour cela, quoi de mieux qu’un terrain synthétique ultrarapide offrant des conditions météo parfaite pour chaque match à domicile ? Le Racing accepte de vivre avec son temps et s’appuie sur les éléments de son identité pour développer une culture de club autour des valeurs d’humilité, d’élégance et de spectacle. Les mêmes valeurs qui régissaient le club lorsqu’il a été créé en 1882. Seulement, il semble que ce soit le levier de communication utilisé qui pêche.
Pouvons-nous pour autant dire que le Racing développe réellement une culture d’engagement autour des valeurs précédentes ? Le club a un goût pour les stars à l’image d’un Teddy Thomas longtemps racingman et incompatible avec les valeurs d’humilité du club mais pourtant véritable atout marketing. Le club est aussi le club d’un homme : Jacky Lorenzetti, président omniprésent et parmi les dirigeants les plus médiatisés du rugby mondial. Le Racing doit encore travailler sa culture mais une chose est certaine, il bénéficie d’un terreau identitaire fort que de nombreux clubs peuvent lui envier pour instaurer une « culture d’engagement » qui décuplera ses performances.
Six Sports Management est un cabinet de conseil en stratégie identitaire et en structuration de la performance des organisations sportives professionnelles. Nous aidons les clubs à s’appuyer sur leur identité pour instaurer une culture d’engagement.