Le basket-ball est l’un des sports les plus professionnalisés, notamment parce qu’il est porté par l’hyperpuissante NBA Américaine. Ces dernières années, une nouvelle variante du basket est en plein essor : le basket 3×3. Récemment intégrée aux Jeux Olympiques depuis Tokyo 2021, elle se dispute par équipes de 3 joueurs sur un même panier et son format très dynamique et visuel suscite un réel engouement chez les jeunes consommateurs d’où l’apparition de tournois de plus en plus importants organisés aux quatre coins du monde.
Avec son intégration aux Jeux olympiques, le basket 3×3 a un avenir prometteur. De plus en plus de joueurs professionnels se tournent vers celui-ci car il offre une plateforme pour briller dans un format plus accessible et plus spectaculaire tout en offrant une opportunité de voyager pour jouer de grands tournois de par le monde. D’autres variantes de disciplines classiques comme le rugby à 7 connaissent un destin similaire. Le développement de telles pratiques alternatives est aujourd’hui souvent le fruit d’initiatives privées à l’image de la King’s League de Gerard Piqué qui propose des matchs de football sur terrain réduit et avec des règles bien plus divertissantes. L’émergence de ces nouveaux formats est motivée par de nouveaux schémas de consommation imposés par les jeunes générations qui privilégient des contenus courts et participatifs consommés en streaming ou sur les réseaux sociaux. Le basket 3×3 répond parfaitement à ces enjeux.
En France, la FFBB semble avoir compris le potentiel du 3×3 et organise de nombreux tournois pour toutes les catégories d’âge à travers la France. C’est le cas avec ses SuperLeague et JuniorLeague organisées tout au long de l’année aux quatre coins de l’hexagone et rencontrant un véritable succès, notamment en période estivale. Le développement de la pratique en France bénéficie aussi des plans fédéraux INFRA 2024 et Le Club 3.0 qui ont respectivement pour but de porter la création et la réhabilitation de « playgrounds », les terrains de Basket-Ball 3×3 extérieurs mais aussi de regrouper l’ensemble des structures proposant du basketball sur le territoire français : les clubs traditionnels de 5×5 et 3×3, mais aussi les organismes privés. Il existe d’ailleurs un projet de long terme de structuration d’un championnat de basket 3×3 des clubs. Actuellement proposé à l’échelle départementale, un nouvel échelon géographique devrait être ajouté lors de chacune des saisons à venir.
Aujourd’hui, il n’y a pas de championnat professionnel de clubs en France pour le Basket 3×3. Pourtant celui-ci est déjà utilisé par certains clubs professionnels de 5×5 comme outil de formation, d’expérimentation et de développement de l’image du club. Alors quelle est la meilleure manière d’exploiter le 3×3 pour ces clubs et que peut-on attendre de lui sur le long terme en matière de génération de valeur pour le club ?
Un outil de développement marketing
Le 3×3 montre un potentiel intéressant de développement en termes de marketing, de développement de la marque et de génération de valeur médiatique. Les records d’affluences établis au cours de cette dernière saison 2022-2023 sont des preuves du bon état de santé du basket en France qui s’explique en partie par le phénomène Victor Wembanyama aux Mets 92 et les deux locomotives économiques et sportives que sont l’ASVEL et Monaco. Mais si des clubs comme le SLUC de Nancy ou la SIG de Strasbourg ont un taux de remplissage très élevé, grâce à un public fidèle de longue date, les clubs de LNB se retrouvent aujourd’hui contraints diversifier leur public car ils ne touchent pas l’ensemble de la population consommatrice. Certains clubs français sont très attachés à l’ambiance « familiale » qui existe dans beaucoup de club de BetClic Elite, mais les structures françaises doivent également continuer à toucher les tranches d’âges des 15-35 qui ont tendance à délaisser le stade. La récente crise des droits TV, où la LNB n’a pas réussi à trouver un acheteur viable ne doit surtout pas être oubliée, et plutôt être le début d’une nouvelle manière de présenter le produit basketballistique en France. Car le potentiel est évidemment là.
Le basket 3×3 est complétement imprégné de la culture urbaine et hip-hop, du « streetbasketball ». Les dernières compétitions l’ont d’ailleurs bien compris : battle de danse, concert de rap, concours de graffitis entre les matchs… autant d’éléments propres à une culture extrêmement populaire auprès des jeunes qui rythment chaque événement 3×3. Ces initiatives ont permis d’attirer de nombreux joueurs vers le basket-ball 3×3 et ont contribué à développer un vivier de joueurs talentueux qui peuvent potentiellement évoluer vers les rangs professionnels. Cette culture urbaine, des clubs de LNB, comme le Paris Basket, ont tenté de se l’approprier pour attirer de nouveaux spectateurs et remplir leur salle de 5×5. Par exemple avec plusieurs shows de raps, de danse pendant les mi-temps ou une communication imprégnée de l’ambiance hip-hop. Mais cette démarche aurait pu être approfondie via le 3×3, avec une communication ciblée sur cette forme du jeu.
Le basket 3×3 peut attirer un nouveau public qui n’était peut-être pas encore touché par le basket plus « traditionnel » en proposant un jeu plus rapide, dynamique, parfois plus inventif et libéré des contraintes « tactiques » du basket 5×5. D’autant plus qu’il facilite un autre aspect majeur du sport spectacle moderne : une forte identification à la personnalité de l’athlète. Cet espace de créativité un peu plus grand laissé aux individualités du 3×3 permet à chacun d’exprimer ses particularités sur un terrain. Un joueur inventif qui aime tenter des gestes fous avec un move signature contre le défenseur rugueux et combatif ? Ce genre de duel peut très vite devenir alléchant pour le public. Cette personnalisation des acteurs du 3×3 peut même se faire à l’échelle d’une équipe, renforçant ainsi l’assise médiatique d’un club de LNB s’il arrive à construire un ensemble cohérent.
Un outil de développement financier
De fait, le 3×3 se transforme ainsi en outil de développement commercial du club. Car avec un nouveau public, ce sont de nouveaux sponsors et de nouvelles marques qui pourraient s’intéresser au club grâce à un positionnement différent et plus pertinent. Les clubs trouveraient ainsi dans le 3×3 un moyen d’élargir et de compléter leur offre de sponsoring en permettant aux marques de toucher une cible différente, tant par sa culture que par ses valeurs, en infiltrant un public particulièrement prisé par ces marques : les adolescents et jeunes actifs
La culture urbaine est déjà intimement liée à bon nombre de marques et de médias. On peut ainsi penser à Red Bull, qui pourrait être séduit par les publics touchés par le basket 3×3. Jordan Brand pourrait être aussi très actif, comme c’est déjà le cas avec le modèle du genre en termes d’événement basket/culture urbaine qu’est le Quai 54 (plus grand tournoi de streetbasket au monde). D’autres structures, moins proches de ces valeurs peuvent y voir une opportunité de rajeunir leur image. C’est l’exemple de la Caisse d’Épargne, partenaire de la fédération française de basket 3×3 et susceptible de s’intéresser à ce genre de projet. La banque a ainsi lancé une initiative faisant appel à des artistes émergents de la scène du street-art, pour renouveler son univers graphique dédié au basket 3×3 et à renforcer son positionnement dans la sphère des cultures urbaines. Côté médias, on pense évidemment à Skyrock, Fun Radio ou NRJ France (qui sont dans le top 3 des radios les plus écoutées par les 13-24 ans) voire même la radio urbaine Mouv’, qui peuvent être autant de canaux nouveaux pour développer la visibilité d’un club.
Avec le basket 3×3, c’est aussi une nouvelle manière de vendre et de présenter son segment merchandising pour les clubs qui voit le jour. La FIBA autorise les équipes à promouvoir leurs sponsors de manière novatrice. Par exemple, les sponsors peuvent apparaitre sur les joueurs via un tatouage sur les bras. La FIBA permet même la personnalisation de cette communication en fonction du joueur, de son style ou de son poste. Le naming des équipes est autorisé tout comme le sponsoring des manchons de bras des joueurs. Des marques ou des partenaires ne se reconnaissant pas dans le championnat LNB ou dans la communication qui y est imposée pourraient donc être intéressés par les possibilités qu’ouvrirait une équipe 3×3 dans un club.
Ce potentiel de merchandising, à l’image du FISE (événement regroupant les sports extrêmes) qui propose plusieurs stands de vente pour ses sponsors pendant ses compétitions, semble avoir un vrai public et peut proposer une belle gamme de produits liés à cet univers alternatif (casquette, tee-shirt, chaussettes, et tous types de différents goodies). L’idée pourrait même aller plus loin, avec des maillots propres aux équipes 3×3, gardant évidemment la charte et l’identité graphique des couleurs du club originel, mais avec un visuel plus libre, fait par des artistes indépendants, à l’image de ce qu’a pu proposer l’ASM Clermont 7s au rugby. Des produits web3 peuvent aussi être susceptibles de bien s’intégrer dans les stratégies commerciales du 3×3 auprès d’une population qui est plus familière des termes NFT et Blockchain que les consommateurs de 5×5.
Enfin, si cela s’avère aujourd’hui anecdotique à l’échelle financière d’un club professionnel, les prize moneys des tournois internationaux peuvent aussi être une source de revenu pour lancer un tel projet. À titre d’exemple, les meilleures équipes du monde peuvent aujourd’hui gagner en une saison près de 280 000 $. Si cela n’est clairement pas suffisant pour avoir un réel impact sur la trésorerie d’un club, ces sommes devraient être amenées à augmenter avec la médiatisation croissante du 3×3.
Un outil de développement sportif
Reste ce dernier aspect, avec une interrogation sur la pertinence du basket 3×3 en tant qu’outil de formation technique de l’athlète. Si cela serait à déterminer avec les équipes techniques d’une structure professionnelle, plusieurs pistes peuvent aller dans ce sens et illustrer que des passerelles existent entre le 3×3 et le 5×5.
C’est un sport demandant une forte polyvalence à tous aux joueurs et joueuses (la notion de poste est beaucoup plus floue dans le 3×3, chacun devant être capable de jouer dans un maximum de situations différentes). Son dynamisme nécessite une forte capacité à prendre des décisions rapides mais aussi de se concentrer et d’axer un travail clé sur les progrès individuels, la notion de duel direct étant au cœur de cette discipline. Tout cela semble cohérent avec le développement nécessaire pour évoluer au haut-niveau du 5×5.
La possibilité de monter une équipe de spécialistes de la discipline existe pour les clubs LNB, mais dans un souci de formation, le vivier des équipes espoirs semble également tout indiqué. Déjà aujourd’hui, plusieurs joueurs du championnat espoirs sont partie prenante des équipes de France jeunes de 3×3. Au-delà de l’aspect formation, cela offre des avantages assez intéressants, comme une possibilité d’identification forte de la ville à un enfant du club ayant grandi et gravi les échelons jusqu’à représenter sa ville en compétition 3×3 officielle (ce qui fait écho à ce potentiel d’identifier tous les joueurs à des personnalités et des styles différents). Mais aussi d’offrir une nouvelle direction vers le monde professionnel à ses jeunes de Centre de Formation. On connait tous la difficulté pour chaque génération de Centre de Formation à faire évoluer un espoir jusqu’au monde professionnel (ne serait-ce qu’un jeune réussissant à s’imposer dans l’étage d’au-dessus est déjà souvent considéré comme une réussite pour un club). La FFBB va ainsi dans ce sens avec le lancement cette saison de son équipe professionnelle de 3×3 : « 3×3 Paris ». Une équipe composée de six joueurs, aux salaires fixes, qui participera au futur circuit professionnel français de la discipline, et même au FIBA 3X3 World Tour.
Quelles pistes de développement du 3×3 ?
Le développement du 3×3 en France est encore incertain et susceptible de prendre différentes orientations. Plusieurs idées de format d’un tel championnat entre les clubs de LNB semblent intéressantes à l’image de la volonté d’organiser ces matchs de 3×3 pendant les mi-temps des rencontres 5×5. Mais si cela pose déjà des problèmes logistiques et d’organisation, nous pensons que cela aurait deux effets négatifs. Le premier est de faire passer ce sport en plein essor au second plan, derrière son grande frère le basket 5×5, là où l’objectif est plutôt de pousser son développement. Le second point encore plus important, c’est que le 3×3 a sa propre identité, avec ses propres codes. Il semble donc pertinent de lui permettre de garder une certaine indépendance.
La piste la plus pertinente semblerait d’organiser des événements 100% 3×3, tout au long de la saison, notamment au printemps et à l’été. Le format du rugby à 7 pourrait d’ailleurs servir d’inspiration. A ces événements se rajouteraient toutes les compétitions internationales auxquelles les meilleures équipes du basket 3×3 LNB pourraient à terme participer : Manille, Shangaï, Abou Dhabi… Cela permettrait, de développer la visibilité d’un club français sur des continents pourtant difficiles d’accès comme peur le faire l’ASM Clermont avec son équipe à 7. Le marché asiatique pourrait d’ailleurs être une cible au potentiel très intéressant, les consommateurs chinois ou philippins étant friands de basket 3×3.
L’exemple de La Big3 League peut d’ailleurs constituer une base pertinente sur certains points pour le développement de ce sport. Il s’agit d’une ligue professionnelle de basket 3×3 fondée par le rappeur et acteur Ice Cube en 2017 qui repose sur un format unique souhaitant offrir une expérience nouvelle à son public. Très vite, elle met en place des règles nouvelles avec l’objectif de rendre une rencontre sans cesse plus spectaculaire, par exemple avec le tir à quatre points. Elle se déroule sur plusieurs semaines, pendant l’été et la pause de la saison NBA avec un championnat puis des playoffs de 12 équipes. Elle a réussi à créer un engouement et à attirer l’attention des fans de basket notamment avec la participation d’anciennes stars de la NBA et enfin, une forte présence dans les réseaux sociaux (via des extraits viraux d’actions spectaculaires, de déclarations faisant tout pour exacerber les rivalités entre joueurs).
La LNB pourrait donc mettre en place, pendant des périodes bien définies en fin de semaine, des tournois entre ses clubs et pourquoi pas inviter d’autres équipes internationales pour gagner en visibilité. La LNB travaille déjà avec des plateformes comme Twitch, cela pourrait être ainsi un premier canal de diffusion de ces rencontres, offrant d’ailleurs de nouvelles pistes de revenus.
Conclusion :
L’un des principaux enjeux de l’intégration du basket 3×3 dans les clubs et les ligues français sera ne pas perdre en entertainment et cet ADN propre au 3×3. Ne pas trop « institutionnaliser » ce sport pour ne pas trahir son esprit de sport libre, inventif et émancipé. Construire sa propre équipe, voire un championnat 3×3 avec les clubs LNB nécessiterait ainsi de se concentrer sur plusieurs éléments clés.
Le premier serait de défendre et maintenir l’ADN émancipateur du format 3×3. Ce qui passera par la promotion de la personnalité des joueurs et joueuses évoquée précédemment. Mettre l’accent sur la promotion des histoires des athlètes et en leur donnant l’occasion d’interagir avec les fans contribuera à maintenir la culture streetball du jeu et à offrir une expérience plus divertissante aux supporters
Un autre axe pourrait être celui de se concentrer sur des technologies innovantes : elles peuvent être utilisées pour améliorer la valeur divertissante du championnat 3×3. Par exemple, à travers des angles de caméra nouveaux et des extraits vidéo plus immersifs pour les supporters. La réalité augmentée et d’autres technologies numériques pourront être utilisées pour améliorer l’expérience des fans et créer une atmosphère plus engageante. Servant par cet aspect novateur la production de contenu pour le 5×5 via l’évolution de ses approches de diffusion.